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CHAPITRE II

Accumulation du capital, progrès technique et croissance

Fiche du chapitre II à télécharger (structure du cours, définitions, sujets possibles)

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L’investissement est une opération économique fondamentale. C’est lui qui détermine l’accumulation de capital, considérée comme une condition de la croissan­ce économique.          C’est aussi lui qui permet l’amélioration des techniques de production et le développement du progrès technique. On comprend dans ce cas qu’il soit au cœur des débats et l’un des enjeux des politiques économiques, tant pour ses effets positifs sur la crois­sance que pour ses conséquences parfois négatives sur emploi (Cf. chapitre III).

Mais si l'investissement est l'objet de tant d'attention, c'est également qu'il est une variable susceptible de fortes fluctuations dont il importe de cerner les déterminants pour en comprendre mieux les évolutions erratiques. Il convient aussi de s'interroger sur les différentes modalités de financement de l'investissement tant il paraît évident qu'elles l'influencent fortement.

Il s'agira d'abord d'envisager les déterminants de l'investissement et ses différentes modalités de financement, puis ensuite les liens entre croissance et progrès technique.

Il s'agira ensuite de rappeler les liens entre progrès technique et croissance car si le progrès technique détermine la croissance, il apparaît également que la croissance favorise l'investissement et l'apparition d'innovations.

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A. Accumulation du capital et croissance.

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1. Les différents types d’investissement et leur          financement.

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L'investissement correspond à une dépense qui influe durablement sur la production, qu’il s’agisse d’accroître ou remplacer le stock de capital (investissement matériel) ou d’acheter et/ou de produire des services destinés à améliorer les performances productives ou commerciales (investissement immatériel).

Pour la comptabilité nationale (INSEE), il s'agit d'un flux de nouveaux biens d'équipement qui vient s'ajouter au stock de capital existant. L'investissement correspond ainsi à la "formation brute de capital fixe" (FBCF) des différents agents économiques (entreprises, administrations et ménages).

On distingue l'investissement net de l'amortissement qui est une opération visant à compenser l'usure du capital, c'est-à-dire à remplacer les machines lorsqu'elles sont obsolètes ou hors d'usage.

FBCF (investissement brut) = Investissement net (FNCF) + Amortissement 

  • Investissements matériel et immatériel. 

Les investissements matériels (corporels) :

- investissement de remplacement ou de renouvellement (amortissement).
- investissement de capacité (pour accroître la production).
- investissement de productivité (moderniser l'outil de production pour améliorer la productivité).

En pratique, un même investissement réunit très souvent ces trois aspects : renouvellement, extension des capacités de production et modernisation avec amélioration de la productivité.


Les investissements immatériels (incorporel) :

- investissement en recherche et développement ; 
- investissement d'achat de brevets et de licences d'exploitation ; 
- investissement en logiciels informatiques ;
- investissement en formation ;
- investissement en études mercatiques (marketing) et en publicité.

En comptabilité générale, les investissements immatériels sont considérés comme des consommations intermédiaires et ne peuvent donner lieu à un amortissement comptable.       Mais depuis le 1er janvier 1999 une harmonisation est intervenue au niveau européen, et la comptabilité nationale a élargi le champ de la FBCF à certains investissements immatériels comme l'achat de logiciels informatiques.

On peut y ajouter les investissements financiers (ou de portefeuille).
Ils correspondent à des opérations financières (achats et ventes d'actions, prise de participation…). On parle plutôt à ce sujet de placements financiers pour les distinguer des investissements productifs évoqués précédemment.

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Pour les entreprises, le taux d'investissement permet de mesurer le niveau de la FBCF par rapport à la valeur ajoutée (FBCF/VA x 100).

Pour les économies nationales, le taux d'investissement permet de mesurer le niveau des investissements par rapport au PIB (FBCF/PIB x 100).

En France, l'investissement global se décompose pour plus de la moitié des investissements des entreprises, pour plus du quart des investissements des ménages (acquisitions de logements) et pour une part moindre (16,5 % environ), des investissements effectués par l'État, principalement en dépenses d'infrastructures.

  • Les modes de financement de l'investissement.

On distingue traditionnellement le financement interne et le financement externe.

Si le premier s'appuie sur l'autofinancement (épargne brute), le second s'appuie sur le financement indirect (crédit bancaire) ou sur le financement direct par l'émission d'action et d'obligations sur les marchés financiers (Cf. cours de première).

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2. Les déterminants de l’investissement.

  • Les principaux déterminants de l'investissement :

- la demande anticipée (les perspectives d'évolution de la demande ou "demande effective" selon Keynes) ;
- le taux d'utilisation des capacités de production ;
- le taux de marge ou la rentabilité économique de l'investissement (EBE/capital investi) ;
- le niveau du taux d'intérêt réel (taux nominal corrigé de l'inflation) ; 

- le niveau d'endettement et les possibilités de financement.

Il importe de connaître pour tout investisseur, la rentabilité du capital investit : cette rentabilité se calcule en faisant le rapport entre le revenu généré par une entreprise et le capital mis en œuvre pour l'obtenir. L'entrepreneur ne réalisera son investissement que si sa rentabilité est supérieure à celle d'un placement financier (au taux d'intérêt).

  • L'effet accélérateur de la demande sur l'investissement.

Lorsque la demande (ou demande anticipée) augmente, cela entraîne une variation plus que proportionnelle de l'investissement. C'est ce que Albert Aftalion appelle l'effet accélérateur. Selon l'économiste français (Les crises périodiques de surproduction, 1913), en période de croissance, il y a une tendance au sur-investissement (forte hausse de l'investissement), tandis qu'en période de récession ou de dépression, il y a une tendance au sous-investissement (forte baisse de l'investissement).

Schéma de synthèse

3. Investissement et croissance.

  • Les effets de l'investissement sur le niveau de la demande.

- L'investissement détermine la demande car l'investissement est l'une des composantes de la demande avec la consommation et les exportations (D = C + I + X).

Investir permet d'augmenter la demande adressée aux entreprises fabricant des biens d'équipement (biens d'investissement) et donc permet la croissance économique.

L'augmentation de la productivité permet d'augmenter les revenus (du capital et du travail) et de baisser les prix. Ce double phénomène permet une hausse de la demande en biens de consommation grâce à la hausse du pouvoir d'achat et la hausse des exportations. La demande globale augmentant, les entreprises vont devoir produire davantage, d'où croissance...

- L'investissement a un effet multiplicateur sur la demande (« multiplicateur d'investissement » ou « multiplicateur keynésien ») qui est fonction de la propension à consommer des ménages. 
Toute augmentation de l'investissement entraîne une augmentation plus proportionnelle de la demande et donc de la production.

Pour John Maynard Keynes, en période de récession ou de crise, l'État doit mener une politique de relance (de l'activité économique) par une politique d'investissements (grands travaux).
L'effort d'investissement de l'État en période de crise a un effet "contracyclique", puisqu'il permet de relancer la croissance.

  • Les effets de l'investissement sur le niveau de l'offre.

L'investissement favorise l'offre, car toute demande de biens d'équipement entraîne une augmentation correspondante de l'offre.

- L'investissement de capacité par nature accroît l'offre (les quantités produites) puisqu'il sert précisément à cela.
- L’investissement de productivité permet de produire plus, de réaliser des économies d’échelle (diminution du coût unitaire) et de réduire les coûts et les délais, ce qui améliore la compétitivité-prix (éventuellement structurelle) du pays et permet d'augmenter les parts de marché et la production (d'où croissance Cf. l'Allemagne aujourd'hui).
- L’investissement de remplacement évite le vieillissement de l’appareil productif nuisible à la compétitivité. L'amélioration de la compétitivité des entreprises favorisent leurs ventes (leurs débouchés) ce qui est bon pour la production et donc pour la croissance.

L'investissement immatériel en recherche et développement permet la création de nouveaux produits (nouvelles technologies, nouveaux matériaux...) : les innovations de produit peuvent se substituer à d'autres mais aussi entraîner une production nouvelle. L'investissement est donc le vecteur du progrès technique et de l'innovation, sources de croissance économique.
Les NTIC sont considérées par certains économistes comme le moteur de la croissance que les PDEM ont connu depuis 1993 (pour les Etats-Unis), ou 1997 pour l'Europe.
Cela renvoie à la fois à la thèse schumpétérienne de la croissance expliquée par les grappes d'innovations et à la théorie de la croissance endogène.

Schéma de synthèse

En fait, si l'investissement favorise la croissance, la croissance favorise elle aussi l'investissement (comme nous l'avions vu pour la relation entre croissance et développement) : la croissance est à l'origine de revenus supplémentaires qui permettent aux entreprises (aux ménages) et à l'État d'investir.

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B. Progrès technique et croissance.

1. Les différents types et déterminants de l’innovation.

a. Les différents types d'innovations 

- Innovations de produit : nouveaux biens et services.
- Innovations de procédé : nouvelles techniques de production ou de commercialisation.
- Innovations organisationnelles : nouvelles organisations du travail, des entreprises ou des marchés.

Joseph Aloïs Schumpeter distingue quant à lui
les innovations radicales (majeures) et les innovations incrémentales (mineures).

b. Les différents déterminants de l'innovation.

  • Le rôle de l'Etat et de la recherche-développement dans l'innovation.

Le rôle de l’État dans le processus d’innovation est particulièrement important. D'abord, l'Etat finance une partie (parfois importante) de la recherche-fondamentale. Celle-ci est source d'externalités positives.
Face aux comportements de « passagers clandestins », seuls les pouvoirs publics sont à même d’intervenir pour imposer le respect des brevets et des droits de propriété intellectuelle.

L’État doit conjuguer deux exigences contradictoires : assurer aux innovateurs qu’ils recueilleront le fruit de leurs efforts grâce à la protection des brevets et des inventions, et favoriser le plus possible la diffusion de l'innovation.
Il doit donc avoir une politique de brevets limités dans le temps et aider à l'effort de recherche-développement des entreprises.

Le rôle de la recherche-développement dans l'innovation est tout à fait primordial. Plus l'effort d'investissement dans la R&D est important, plus les entreprises et les pays sont innovants.

  • Innovation, concurrence et compétitivité.

La mondialisation et l'intensification de la concurrence expliquent l'impératif de compétitivité. L'innovation est alors particulièrement nécessaire au maintien de la compétitivité dans certains secteurs d'activité très concurrentiels (informatique, internet, automobile, médicament...).

Pour se maintenir sur des marchés le plus souvent oligopolistiques, les entreprises sont obligées d'adopter une stratégie d'innovation pour disposer d'un avantage concurrentiel. Celles qui n'innovent pas sont très rapidement dépassées et disparaissent.

Schéma de synthèse

2. Les effets du progrès technique sur la croissance.

a. L'innovation, un facteur essentiel de  la croissance pour Joseph Aloïs Schumpeter.

  • Le rôle du progrès technique dans la croissance et les cycles économiques.

Le rôle fondamental de l’innovation sur la croissance a été mis en évidence par Joseph Aloïs Schumpeter.

Pour l'économiste américain (d'origine autrichienne), les entrepreneurs (chefs d'entreprise innovateurs) sont les véritables héros du capitalisme : ce sont eux qui lancent les innovations, radicales puis incrémentales par grappes.

C'est l'apparition de ces « grappes d'innovations » (de produits mais aussi de procédés) qui explique le caractère cyclique de l'activité économique.

D'abord l'activité économique s'étend (entrée dans un nouveau cycle par la phase d'expansion économique), puis on assiste à l’épuisement progressif des effets bénéfiques de cette grappe d’innovations par relative saturation de la demande et réduction du nombre d'innovations nouvelles liée à l'invention de départ (innovation radicale) (ce qui correspond à l'entrée dans la deuxième phase du cycle – phase de ralentissement-récession économique). La phase déclinante continue jusqu'à ce qu'une nouvelle génération d’entrepreneurs prenne le relais avec des innovations à l’origine d’un nouveau cycle de croissance.

Le processus de « destruction créatrice » dont parle Schumpeter signifie que les grappes d'innovations s'accompagnent de destructions d'activités anciennes et de créations d'activités nouvelles.
Cette analyse peut être avancée pour expliquer le ralentissement de la croissance à partir de la fin des Trente Glorieuses, après l’épuisement de la grappe d’innovations de produits (biens de consommation), mais aussi de procédés (méthodes de production - fordisme) qui avait soutenu cette croissance depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Depuis le milieu des années 1990 (1993 aux États-Unis, 1997 en France...) les NTIC (nouvelles économie) semblent être à l'origine d'un nouveau cycle de croissance, avec de multiples retombées positives sur l'activité économique mondiale. L'apparition d’un nouveau modèle de consommation (ordinateur personnel, télécommunications, téléphonie mobile, Internet...) et d’un nouveau mode de production et de commercialisation (organisation en réseaux, ventes en ligne, production et distribution de l’information par Internet…), après avoir nécessité une longue période d’adaptation des agents économiques sans gains de productivité apparents (paradoxe de Solow) paraît confirmer l'analyse de Schumpeter et l'actualité de la théorie des cycles économiques.

  • L'innovation est le principal facteur des gains de productivité.

La croissance économique s'explique essentiellement par un « résidu » : le progrès technique. 

Moins de la moitié de la croissance s'explique par l'augmentation de la quantité de travail et de capital utilisée.
Il reste donc un résidu non expliqué. Pour les économistes, ce résidu correspond au rôle du progrès technique qui améliore la productivité globale des facteurs.

Ces gains de productivité peuvent s'expliquer par le passage d’une croissance extensive à une croissance intensive, utilisant plus efficacement les facteurs de production grâce aux innovations organisationnelles, ou la diffusion d'innovations de procédés.

Le progrès technique (innovations de procédés et les innovations organisationnelles) explique l'essentiel des gains de productivité (avec la formation, la motivation et l'émulation des ressources humaines).
La baisse des prix qui en résulte permet de soutenir le pouvoir d'achat et la demande et donc la croissance.

  • Le rôle du progrès technique dans la théorie de la croissance endogène.

Les théoriciens de la croissance endogène (Paul Romer, Robert Lucas, Robert Barro) récusent les explications exogènes de la croissance. Ils considèrent le progrès technique comme un facteur endogène (lié au fonctionnement de l'économie, aux choix et aux actions des agents économiques).

 

3. Les effets du progrès technique sur le développement  et le changement social.

  • Le rôle du progrès technique dans le développement.

Le progrès technique est une composante essentielle du développement, dans les pays développés comme dans les pays émergents.

De nombreux progrès techniques (innovations) ont permis d'améliorer sensiblement le bien-être de la population (traitements médicaux, quantité et qualité de l'alimentation, confort de l'habitat, transports, communications, assistance aux tâches ménagères, loisirs...).

Aussi, les transferts de technologie (technologies étrangères importées) concernant les biens de production et de consommation, expliquent pour une large part le développement exceptionnel de certains pays émergents (ex. Corée du Sud, Singapour, Taiwan, Chine, Inde...).

Le volontarisme de l'État, avec la mise en place d'infrastructures performantes et la réalisation d’investissements importants dans l’éducation et la formation technique peut également expliquer leur développement.

  • Le rôle du progrès technique dans le changement social.

Chaque révolution industrielle ou technique s'est accompagnée de changements parfois profonds dans la société. De manière générale, le progrès technique entraîne des transformations dans les modes de production, dans les produits utilisés, mais également dans les modes de vie et les pratiques sociales (consommation, rapport au temps, loisirs...). A travers les exemples de l'industrialisation, de la tertiarisation et de l'urbanisation, il est ainsi possible de conclure à l'influence du progrès technique (innovations) sur le changement social.

Les innovations bouleversent le monde du travail et les modes de fonctionnement institués, mais elle remet aussi en question les manières de faire habituelles dans la sphère sociale et privée. Par exemple, les NTIC sont porteuses de nombreux bouleversements dans notre vie quotidienne : accès à l'information, correspondance, réseaux sociaux, achats en ligne (sur Internet), télétravail et travail à distance... Les nouveaux comportements liés à l'innovation (téléphones portables, achats en ligne, sites de rencontre sur Internet...) sont autant d’exemples d'évolutions sociologiques. Le lien social pourrait en être modifié. Les innovations technologiques sont donc porteuses de changement social.

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