INTRODUCTION
| Croissance, changement social et développement |
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Depuis le début de la Révolution industrielle (expression attribuée à Adolphe Blanqui ) à la fin du XVIIIe siècle en Angleterre (1760-1830 pour la première Révolution industrielle en Grande-Bretagne et 1815-1830 dans le reste de l'Europe), les économies et les sociétés ont été profondément bouleversées.
On assiste depuis à une accélération de l'histoire économique grâce aux progrès accomplis au niveau des techniques et de la connaissance des mécanismes économiques qui permettent un accroissement considérable de la production. C'est cette expansion économique sur longue période (croissance) qui va permettre l'amélioration des conditions de vie (développement) et expliquer les multiples transformations de nos sociétés et de nos modes de vie (changement social).
Les bouleversements à l'œuvre posent un tas de questions à l'économiste et au sociologue : quels liens établir entre croissance et développement ? Quelles sont les sources et limites de la croissance ? Quels sont les effets du progrès technique sur l'économie, la croissance et l'emploi ? Quels sont les effets de la croissance sur la société, permet-elle de réduire les inégalités ? Quels sont les effets du changement social sur la structure sociale et sur la vie sociale (conflits sociaux, liens sociaux et solidarité) ? Enfin, quelles sont les conséquences économiques et sociales du développement des échanges internationaux, de l'économie mondiale et de la construction de l'Union européenne ?
Pour répondre à ces questions, le programme de Sciences économiques et sociales de Terminale nous invite à envisager quinze (seize) chapitres. Ce sont ces chapitres que vous trouverez développés ici.
En attendant d'en explorer tous les aspects, voici exposé les éléments de réponse à la première question posée. Quels liens établir entre croissance et développement ?
A. Croissance, développement et changement social : des phénomènes distincts
1. La croissance, un phénomène quantitatif de longue période
La croissance économique est, selon l'économiste français François Perroux, "l'augmentation soutenue durant une période longue d'un indicateur de production en volume (le PIB)". On distingue ainsi la croissance qui est un processus qui s'observe sur la longue durée, de l'expansion qui désigne un phénomène analogue (augmentation du PIB réel) mais limité à une période plus courte (un an).
La croissance correspond donc à l'accroissement des ressources dont disposent les membres d'une société puisqu'elle se mesure en calculant l'évolution des richesses produites (valeur ajoutée) dans l'économie (par rapport à l'année précédente).
La croissance économique est un phénomène relativement récent, apparu avec la Révolution industrielle (1760), qui s'est particulièrement accéléré au cours du XXe siècle et qui a touché inégalement les différents pays du monde.
La croissance entraîne souvent la hausse du revenu par tête. Mesuré par le PIB/habitant, celui-ci ne doit pas être pour autant considéré comme un indicateur de développement satisfaisant.
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2. Le développement, un phénomène qualitatif d'amélioration des conditions de vie
La croissance ne doit pas être confondue avec le développement qui est un phénomène plus qualitatif que la croissance, et qui correspond aux transformations économiques et sociales qui améliorent durablement le bien être d'une population.
Si le développement accompagne souvent la croissance, ce n'est pas toujours le cas. Il faut en effet certaines conditions pour que l'accroissement des richesses produites se traduisent par une amélioration des conditions, du cadre et de la qualité de vie.
Pour mesurer le développement, un indicateur synthétique a été élaboré par l'ONU en 1990 à partir des travaux du Prix Nobel d'économie indien Amartya Sen. L'indicateur de développement humain (IDH), permet de mieux mesurer les différentes dimensions du développement, comme le niveau de vie, l’espérance de vie et le niveau d’instruction (pour en savoir plus). Un classement des pays selon leur indice de développement humain est régulièrement publié par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD).
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3. Le changement social
Le changement social est souvent la conséquence des évolutions économiques et techniques. Il correspond aux transformations à l’œuvre dans la société, dans la structure sociale, les modes de vie, ou les comportements.
Ainsi, la Révolution industrielle s'est accompagnée de profondes mutations sociales, comme la période plus récente des "Trente Glorieuses" de 1945 à 1975 (Jean Fourastié).
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B. Croissance, développement et changement social : les interactions
1. Les interactions entre croissance et développement
La croissance est une condition nécessaire du développement, mais elle n’est pas suffisante. Sans croissance, le développement devient problématique. En effet, elle permet de générer davantage de richesses, d’élever le niveau de vie (des revenus), et de dégager des moyens pour financer les dépenses d’infrastructures, d’équipements, de santé, de sécurité et d’éducation qui contribuent à améliorer le bien-être de la population.
Mais, la croissance ne suffit pas à garantir l’élévation du niveau de vie du plus grand nombre, en particulier si les fruits de la croissance sont mal répartis et mal utilisés (Cf. site du PNUD).
Il existe une interaction entre croissance et développement puisque le développement favorise en retour la croissance. Comme l’avait montré François Perroux, le développement permet à une société de faire croître, cumulativement et durablement son PIB. En effet, une population en meilleure santé, avec un niveau d’instruction élevé, qui bénéficie d’infrastructures de qualité et de conditions favorables pour produire, sera plus à même d’augmenter durablement le niveau de la production. La scolarisation des filles (et des garçons) accroît la qualification de la main-d’œuvre et la productivité de la population active, favorise la participation des femmes à la production et leur insertion dans la société, ce qui entraîne la croissance par l'augmentation de l'emploi, des revenus, de la consommation (grâce au revenu supplémentaire des femmes) et enfin de la production.
2. Les interactions entre développement et changement social
Le développement comme toute transformation structurelle est un processus de long terme qui entraîne de profondes mutations sociales. Le changement social qui en résulte se manifeste ainsi dans l’émancipation des femmes dans la société, les transformations de la structure sociale (moyennisation), la montée du salariat, l’évolution des modes de vie (urbanisation), des comportements et des valeurs (montée de l’individualisme, évolution des formes familiales et des solidarités). Le changement social accompagne le développement, comme le développement peut accompagner le changement social. Ainsi, l’évolution des mœurs et des valeurs peut contribuer au développement d’un pays, notamment lorsque les principes libéraux et démocratiques se diffusent.
L'exemple de l'éducation des filles illustre assez bien les liens entre développement et changement social. L'éducation (développement) réduit les inégalités entre garçons et filles et permet une meilleure insertion des femmes dans la société, notamment professionnelle (changement social). Cette évolution du statut des femmes dans la société (changement social) améliore l'espérance de vie des femmes et de leurs enfants (développement) grâce à une meilleure prise en compte de la santé et de l'hygiène, et contribue à l'amélioration des conditions de vie (développement) grâce à la hausse de l'emploi féminin et au revenu supplémentaire qu'il génére.
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La croissance et le développement ne concernent pas de la même manière tous les pays dans le monde. D’importants écarts de développement entre les pays et les zones géographiques existent, entre pays développés (PDEM) et pays en développement (PED), comme entre pays du "Tiers-monde" (il conviendrait d’ailleurs de parler "des Tiers-monde").
Si le développement concerne essentiellement les pays occidentaux et les pays industrialisés (OCDE) ou nouvellement industrialisés (NPI), voire les pays émergents, un certain nombre de pays parmi les moins avancés (PMA) restent à l’écart de tout développement véritable. Pourtant, ce sont eux (notamment les pays africains) qui sont le plus en exigence de développement. L'aide des pays riches est à cet égard primordiale. Il en va de l’avenir de près d’un milliard d'humains.
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